Si vous avez des problèmes d'affichage, cliquez
ici
Chronique en droit des affaires
NUMERO 47
OCTOBRE 2005

Fusions & Acquisitons : Où sont les opportunités dans le nouveau contexte démographique ?

Me Patrice Vachon, avocat
Associé senior chez Heenan Blaikie
Coanimateur au séminaire de Transactions d'achat-vente
d'entreprise

Sommaire :

Le « choc démographique » alarmant qui commence à secouer le Québec et dont les effets ne feront que s’amplifier d’ici 2051 aura de sévères répercussions sur plusieurs de nos entreprises et sur nos principales régions ressources.

Ce tsunami démographique laisse présager de sombres perspectives économiques, sociales et culturelles. Il affectera nos dépenses de consommation, notre style, notre mode et notre qualité de vie, le marché du travail et de l’emploi et la capacité de nos gouvernements à répondre aux besoins de notre population.

Enjeux de société vitaux, défis gouvernementaux de taille, conséquences coûteuses pour plusieurs entrepreneurs. Somme toute, un tableau sombre à l’horizon si la société et les gouvernements ne corrigent pas rapidement le tir, mais, selon l’adage, qui dit déclin ou impacts négatifs pour certains, dit également multiples opportunités pour les visionnaires et ceux qui auront su s’y préparer adéquatement.

Quels sont les principaux enjeux et défis de l’heure?

Comment naviguer dans ces eaux troubles?

Comment cela affectera-t-il le domaine des Fusions & Acquisitions?

Mais surtout :

Où sont les opportunités d’affaires?

C’est à ces questions de l’heure que nous avons cherché à répondre dans cet article.

Introduction - Tsunami démographique à nos portes !

1. L'avenir démographique du Québec - Sombre constat

- L'Importance et la fragilité des PME québécoises
- Vieillissement de la population
- Les rapports de dépendance
- Le taux de mortalité et l'indice de fécondité
- L'immigration et les mouvements migratoires
- La démographie et l'économie
- Les régions
- La situation actuelle à l'échelle mondiale

2. Comment naviguer dans ces eaux troubles ?

- Impacts sur la croissance économique
- Quelles seront les conséquences ?
- Impacts sur le marché du travail
- Que faire ?
- Productivité et performance : deux enjeux vitaux
- Impacts sur nos gouvernements
- Impacts sur notre société
- Impacts sur le propriétaire d'une entreprise

3. Où sont les opportunités ?

- Investir en prévision de demain : les secteurs d'activités à considérer
- Produits qui seront en demande («In»)
- Services qui seront en demande («In»)
- Produits et services qui perdront de l'intérêt («Out»)
- Penser globalement et Focus international
- Éléments de réflexion

Conclusion

Introduction - Tsunami démographique à nos portes! (Note 1)

Le Québec est engagé sur la voie d’une décroissance accélérée de son bassin de main-d’œuvre active (Note 2). Ce phénomène ne fera que s’accélérer exponentiellement jusqu’en 2051, tous les indicateurs pointant vers les mêmes constats :

  • décroissance démographique alarmante;
  • baisse de fécondité;
  • dénatalité sous le seuil de renouvellement de la population;
  • vieillissement de la population et accroissement de l’espérance de vie;
  • mouvements migratoires négatifs.

Ces problèmes, alliés à l’importance des PME familiales dans l’économie québécoise et aux problèmes imminents de relève d’entreprise, affecteront la majorité des propriétaires d’entreprises au Québec et, par effets secondaires, la majorité des acteurs (professionnels, banquiers, conseillers, fournisseurs, coachs en entreprises, etc.) dont les activités gravitent autour de ces entreprises.

Ce choc démographique entraînera des effets négatifs sévères sur l’économie (PIB), les dépenses de consommation, le style, le mode et la qualité de vie, le marché du travail et les revenus du gouvernement pour répondre aux besoins de la population.

Enjeux de société vitaux, défis gouvernementaux de taille, conséquences coûteuses pour plusieurs entrepreneurs. Somme toute, un tableau sombre à l’horizon si la société et les gouvernements ne corrigent pas rapidement le tir (Note 3), mais, selon l’adage, qui dit déclin ou impacts négatifs pour certains, dit également multiples opportunités pour les visionnaires et ceux qui auront su s’y préparer adéquatement.

Après avoir dressé un sommaire des problèmes démographiques auxquels nous ne pourrons échapper (art. 1), nous suggérerons aux propriétaires et gestionnaires d’entreprises diverses approches et stratégies pour tenir la barre dans ces eaux troubles (art. 2) et pour savoir dénicher les occasions d’affaires (art. 3).

Les spécialistes en relève d’entreprise et en financement et Fusions & Acquisitions d’entreprises y trouveront un regain des activités dans ce domaine, tous les indicateurs pointant vers une consolidation d’entreprises et diverses acquisitions stratégiques, les baby-boomers atteignant l’âge de la retraite en 2011.

1. L’AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DU QUÉBEC – SOMBRE CONSTAT

L’importance et la fragilité des PME québécoises

Les PME représentent 90 % des entreprises au Québec et presque toutes sont de type familial. Elle constituent la force motrice de la croissance économique, de l’innovation et de l’emploi, générant ainsi 85 % des nouveaux emplois créés et constituant le noyau des collectivités.

Au Canada, on constate cependant que, sur 140 500 PME fondées chaque année, seules 8 500 survivent, soit 6 % d’entre elles.

Au Québec, entre 1991 et 2001, Statistiques Canada révèle que nous avons créé trois fois moins d’entreprises qu’au Canada. Si l’on considère les pourcentages d’augmentation du nombre d’entreprises, le Québec représente seulement 3,4 % d’augmentation par rapport à 9% en Ontario, 9 % au Canada, 15 % en Colombie Britannique et 31 % en Alberta. Premier constat : on assiste ainsi à un déplacement de la création d’entreprises au Canada et ce, au détriment du Québec.

Actuellement, une importante proportion des propriétaires de PME sont des baby-boomers (Note 4). Ils comptent actuellement, pour environ 37 % de la population totale du canada. Ils sont notamment des hommes de race blanche, âgés de 40 à 64 ans, et dont le niveau de scolarité ne dépasse pas le secondaire. Ils commenceront à prendre leur retraite et à chercher à vendre leurs entreprises d’ici 2011 (Note 5), et l’on prévoit que d’ici cette date, au moins 1,2 milliard de dollars d’actifs devraient changer de main au Canada, constituant par le fait même le plus important transfert de pouvoir économique de l’histoire. Deuxième constat : ces statistiques laissent présager un risque important pour la prospérité économique et sociale du Québec.

En raison de ces données et des problèmes énoncés au préambule, nous connaîtrons au Québec, au cours des 10 à 20 prochaines années, une diversité sociale et culturelle sans précédent puisque la nouvelle génération qui assumera la relève de ces PME sera plutôt composée de propriétaires dont le niveau d’éducation sera supérieur et dont les traits caractéristiques se traduiront par la présence de plus de femmes et de plus de minorités visibles, notamment les Néo-Canadiens.

Outre cet environnement décriant les problèmes de déplacement de la création d’entreprises, de relève d’entreprise et de changement de traits caractéristiques de la prochaine génération, nous assisterons à un véritable problème de nature démographique, facteurs que nous allons maintenant analyser.

Vieillissement de la population

La population du Québec comptait 7 509 000 personnes en 2004, dont 25 % (Note 6) à Montréal, soit 18,5 % de la population canadienne (40 583 850). Alors que 13 % de la population du Québec regroupe la classe des personnes âgées (Note 7) et que 18 % regroupe celle des moins de 15 ans, d’ici peu d’années (2051), on anticipe que ce pourcentage passera à 30 %, alors qu’il n’était que de 6 %, il y a 35 ans (1971).

Il faut noter que ces pourcentages actuels sont très similaires à ceux observés en 2004 dans la majorité des pays industrialisés, tel que le démontre le graphique reproduit ci-après. Ces pourcentages augmenteront considérablement dans les années à venir, surtout au Canada où la proportion des baby-boomers est particulièrement importante.

Pour mieux permettre de saisir l’ampleur du problème, les données statistiques suivantes sont révélatrices des véritables enjeux :

Le ratio « dix personnes actives pour un retraité », que nous retrouvions au sortir de la seconde guerre mondiale, est tombé à « cinq pour un » de nos jours et nous nous dirigeons vers un ratio de « deux pour un » d’ici quelques années.

On voit tout de suite la progression marquée de la baisse de la main-d’œuvre dans le temps, avec toutes les conséquences qu’y en découlent.

Personnes âgées de 65 ans et plus et personnes âgées de moins de 15 ans,
divers pays, en pourcentage, année 2004 (Note 8)

Pays
Personnes âgées de 65 ans et plus
Personnes âgées de moins de 15 ans
Chine
7 %
22 %
France
16 %
19 %
Allemagne
17 %
15 %
Inde
4 %
36 %
Italie
19 %
14 %
Japon
19 %
14 %
Mexique
5 %
35 %
Russie
13 %
16 %
Royaume-Uni
16 %
19 %
États-Unis
12 %
21 %
Canada
13 %
18 %

Du côté positif, notons que notre population jouit d’un excellent bilan de santé générale. La mortalité infantile est parmi les plus basses au pays (4,6 %). L’espérance de vie se compare aux plus élevées du monde. On assiste par le fait même à une augmentation importante de celle-ci avec un passage, chez les hommes, de 47,7 ans en 1911, à 68,6 ans en 1961 et à 76,5 ans en 2001, alors que chez les femmes, l’espérance de vie est passée de 45,0 ans en 1911, à 75,4 ans en 1961 et à 82,0 ans en 2001. Notre population vieillit donc.

L’âge moyen de la population québécoise est de 39,1 ans, trois ans de plus qu’aux États-Unis et huit ans de plus qu’en Chine. Les populations dont l’âge moyen est le plus bas se situent, soit dans des pays avec un haut taux de natalité, tels le Mexique, la Turquie ou l’Islande, soit dans un pays avec un haut taux d’immigration, soit l’Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Les prévisions futures témoignent d’un déclin des jeunes de l’ordre de 8 000 personnes par an et ce, durant les 50 prochaines années et d’une accélération étonnante du vieillissement de la population québécoise se traduisant par le faible taux de natalité et le passage graduel des baby-boomers à l’âge de la retraite.

Fort est de constater que le nombre de personnes âgées devrait doubler au Québec dans 29 ans, par opposition à 49 ans au Canada, 68 ans en France et 85 ans au Royaume-Uni.

Le graphique qui suit montre la variation annuelle de la population québécoise de 1927 à 2047 et on y constate les tendances exprimées ci-dessus, dont un important déclin amorcé depuis 2003.

L’examen de la pyramide des âges montre bien à quel point le vieillissement est réel et enclenché au Québec. Ainsi, on notera au graphique qui suit un renversement graduel de la pyramide des âges :

Les rapports de dépendance

Les rapports de dépendance (Note 9) sont importants à considérer, surtout en matière de prévisions économiques. Malheureusement, les prévisions sont particulièrement sombres à ce sujet pour le Québec, tout comme elles le sont pour le Japon, la Finlande, la Belgique, la Grèce, la République Tchèque, la France, l’Italie et la Hongrie.

Par opposition, les pays dont le rapport de dépendance devrait être favorable au cours des quinze prochaines années sont l’Irlande, les États-Unis, l’Espagne, le Portugal, la Norvège, le Mexique, la Turquie et l’Islande.

Le vieillissement de la population et les rapports de dépendance constituent donc des enjeux importants dans la plupart des pays industrialisés, notamment au Japon où le taux de fertilité est à 1,3 et où la politique en immigration est plus fermée que d’autres pays. Dans plusieurs pays européens, ce phénomène se fait également sentir depuis plusieurs années déjà. À ce sujet, l’OCDE prévoit que le nombre de personnes âgées augmentera de 70 millions dans ses pays membres. Les personnes d’âge actif, quant à elles, augmenteront d’à peine 5 millions. En terme de pourcentage, l’OCDE calcule que les personnes âgées représenteront, en 2030, environ 35 % de la population en âge de travailler, prévisions très similaires à celle anticipée pour le Québec (30 %) en 2051.

Pourcentage de la population âgée de 65 ans et plus par rapport à la
population en âge de travailler, divers pays, 2000 et 2020 (Note 10)

Le taux de mortalité et l’indice de fécondité

Le faible taux de fécondité constitue l’une des causes importantes de la décroissance et du ralentissement démographique au Québec. En effet, notre Indice de fécondité (Note 11) est nettement trop bas, se situant à 1,485 enfant, alors qu’un seuil de 2,1 est requis pour assurer le renouvellement de la population. Cet indice a déjà été à 3,7 enfants il n’y a que quelques années. On est particulièrement en mesure de constater le véritable effondrement des naissances au Québec depuis les années 1960 dans le graphique qui suit :

La situation dans le reste du Canada est sensiblement la même telle que reflétée au graphique suivant. En effet, l’indice de fécondité a dramatiquement chuté durant les quarante dernières années. Notons qu’en 2000, l’indice de fécondité était de 1,48 en Ontario et de 1,49 dans l’ensemble du Canada.

Les phénomènes sociaux ne sont pas étrangers à la baisse de fécondité : progrès de la médecine en matière de contraception, éducation en la matière, accessibilité des produits contraceptifs, maladie (MTS, sida), meilleure éducation, accès au marché du travail chez les femmes retardant ainsi l’âge où elles anticipent avoir leurs enfants (plus elles retardent, moins elles sont fertiles) (Note 12).

Dans les autres pays, on note, grâce au graphique suivant, que les indices de fécondité sont de loin plus favorables que ceux du Québec et c’est le cas notamment pour l’Inde et le Mexique, mais aussi pour les États-Unis et la France où la population est, en moyenne, plus jeune.

Indice de fécondité, divers pays, 2004 (Note 13)

Pays
Indice de fécondité
Chine
1.7
Canada
1.5
France
1.9
Allemagne
1.3
Inde
3.1
Italie
1.3
Japon
1.3
Mexique
2.8
Russie
1.4
Royaume-Uni
1.7
États-Unis
2.0
Suède
1.7

En regard de l’indice de mortalité, le nombre des décès au Québec dépassera celui des naissances en 2021. Ainsi, durant 11 ans, soit de 2021 à 2032, ce sera uniquement l’immigration qui assurera la croissance démographique du Québec. On estime que le taux de mortalité au Québec devrait doubler en 2051, en raison du vieillissement de la population.

Au Canada, le même phénomène devrait se produire en 2026. À partir de cette date, l’accroissement naturel sera négatif et seule l’immigration contribuera positivement à la croissance démographique canadienne.

L’immigration et les mouvements migratoires

L’immigration occupe une place prépondérante dans la croissance de la population des pays industrialisés. Au Canada, contrairement aux États-Unis, l’immigration assure la majeure partie du renouvellement de la population. Selon l’OCDE, les immigrants canadiens comptent pour environ 18 % de la population totale. Le graphique qui suit montre les différences entre les différents pays.

Pourcentage de la population immigrante sur
la population totale, divers pays, 2001 (Note 14)

Aux États-Unis, entre 1990 et 1998, l’immigration a contribué à environ 30 % de la croissance totale de la population américaine alors que l’accroissement naturel (naissance – décès) a contribué à 70 % de la croissance démographique.

Au Québec, en 2002, c’était l’inverse : l’accroissement naturel (naissance – décès) a contribué à 39,8 % de la croissance démographique annuelle tandis que l’immigration a assuré 60,2 % de celle-ci. Donnée intéressante, l’immigration représentera sous peu cent pourcent (100 %) de la croissance démographique canadienne. À Montréal, par exemple, un Montréalais sur quatre est d’origine étrangère et cette tendance devrait s’amplifier avec le seul passage du temps.

On note cependant que les immigrants rentrant au Canada s’installent ailleurs qu’au Québec. En effet, le Québec ne réussit à attirer annuellement que 12 % des immigrants, les mouvements migratoires ne lui en étant pas favorables. L’Ontario est la province qui attire le plus d’immigrants annuellement avec un taux de 43 % alors que la Colombie-Britannique attire annuellement 18 % des immigrants. Le graphique qui suit montre les pourcentages moyens de l’immigration au Canada, par province :

Le Québec connaît donc des soldes migratoires interprovinciaux négatifs. En effet, un plus grand nombre de Québécois quitte la province pour s’installer ailleurs au Canada qu’il y a de Canadiens qui viennent s’établir au Québec pour y vivre.

Le Québec n’a pas une longue expérience de l’immigration. À compétence égale, un chef d’entreprise aura tendance à embaucher un Québécois pur laine! Il nous faut donc vite nous adapter et changer de mentalité à cet égard car les immigrants occuperont de plus en plus une place importante dans notre bassin de main-d’œuvre active. Il nous faut attirer plus d’immigrants, notamment de « bons » immigrants, c’est-à-dire, idéalement, des personnes en santé, jeunes, éduquées, ayant des ressources financières suffisantes, disposées à fonder une famille et honnêtes. Il faut également qu’ils restent au Québec. Ils ne viendront assurément et ne demeureront au Québec que si l’on est concurrentiel.

La démographie et l’économie

La démographie joue un rôle de premier plan sur la croissance économique d’un pays. Elle influence également plusieurs autres secteurs clés tels l’emploi, l’éducation, le niveau de vie, la santé, l’environnement, le transport, le financement et l’organisation des services publics et, qui plus est, la sécurité de notre province et celle de notre pays.

Les problèmes démographiques seront vécus à des degrés différents à l’échelle de la planète. Entre le Québec et l’Ontario, la démarcation s’accentuera avec le seul passage du temps (Note 15).

Les problèmes démographiques auxquels le Québec doit faire face entraîneront des répercussions négatives sur notre économie mais également à plusieurs autres niveaux : baisse substantielle de génération de revenus pour les gouvernements (impôts substantiellement moindres, faute de personnes actives), les caisses de retraite, le système de santé, le service de la dette, l’immobilier commercial et résidentiel, les régions et le déplacement de la population, la richesse de la population, la culture, le bien-être, etc.

Les régions

Tous les indices démontrent que les régions seront plus affectées que les grands centres urbains d’ici 2041. En effet, le vieillissement sera plus prononcé dans les régions ressources en raison des mouvements migratoires défavorables.

Les régions qui seront les plus affectées sont la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Bas-Saint-Laurent, la Mauricie et l’Abitibi-Témiscamingue.

Par opposition, les Laurentides notamment, ainsi que Montréal et ses régions avoisinantes se tireront mieux d’affaires que les régions éloignées.

La situation actuelle à l’échelle mondiale

Éléments « rassurant » dans tout ce portrait sombre, nous ne sommes pas les seuls à vivre ce phénomène puisque les problèmes démographiques sont planétaires. On assiste ainsi dans tous les pays membres de l’OCDE à des phénomènes similaires (baisse moyenne de 3 %), mais à des degrés différents. La France, par opposition, est en hausse de 7 % ayant mis de l’avant des programmes soutenus pour faire face à cette situation. La Russie devrait être le pays le plus rapidement affecté.

Toutefois, il est difficile de se réjouir du seul fait que ce problème est mondial puisque la plupart des autres pays ont déjà une population substantiellement plus nombreuse que la nôtre, générant par le fait même un PIB par habitant supérieur et des revenus supérieurs pour leurs gouvernements.

Les tendances que nous venons de résumer sont assorties de plusieurs difficultés et implications pour les gouvernements, la société et les propriétaires d’entreprises. Ayant dressé un tableau sommaire de la situation telle que nous devrions la vivre au cours des cinquante prochaines années, examinons maintenant les effets pratiques pour les propriétaires d’entreprises et leurs conseillers et voyons comment il faudra apprendre à naviguer dans ce contexte.

2. COMMENT NAVIGUER DANS CES EAUX TROUBLES?

Ce choc démographique négatif important pour le Québec aura plusieurs répercussions qui seront durement ressenties par les propriétaires d’entreprises. Voyons maintenant ces facteurs.

Impacts sur la croissance économique

Le premier de ces impacts sera lié à un effet négatif sur la croissance économique puisque cette dernière dépend largement de la démographie. Bien que les principaux indicateurs économiques présentent le beau portrait de la situation économique du Québec en 2004 et au premier trimestre 2005 (Note 16), demain sera assurément beaucoup plus sombre pour les propriétaires d’entreprises qui subiront les premiers les effets du ressac.

La croissance de notre PIB devrait être affectée négativement à compter de 2011, date où les premiers baby-boomers atteindront l’âge de la retraite et où on assistera à un déclin graduel important de notre population active.

Quelles seront les conséquences?

D’un point de vue « macro », les conséquences sont multiples et nous les analyserons plus en détail ci-après :

  • baisse de l’emploi;
  • baisse de la productivité et de la performance;
  • diminution de la capacité de la société à maintenir les services à ses citoyens;
  • diminution de la richesse collective.

Impacts sur le marché du travail

Les diminutions de travailleurs emporteront des conséquences importantes sur le marché du travail et donc sur les entreprises, créant par le fait même une pression à la hausse importante sur les salaires, en raison des déplacements de la main-d’œuvre et de la rareté de celle-ci. Il va sans dire que nos enfants auront corollairement moins de difficulté à trouver de l’emploi, en autant qu’ils s’intéressent à un secteur d’activité porteur.

Il pourrait ainsi en découler un exode d’entreprises et une augmentation importante du taux de chômage dans certaines régions et dans certains secteurs d’activités économiques, si une pénurie de main-d’œuvre devait entraîner une flambée des salaires au Québec, alors que nous vivons une relative période de fragilité face à la compétition des pays en voie de développement (Note 17) dont les salaires sont substantiellement plus bas que les nôtres.

La main-d’œuvre étant plus âgée dans le secteur primaire (39 % de la main-d’œuvre), les conséquences y seront plus sévèrement et rapidement ressenties que dans les secteurs secondaires et tertiaires où les proportions sont de 35% chacune. Dans le secteur secondaire, le vieillissement de la population est plus marqué dans les services publics et la construction alors que dans la fabrication, certaines industries seront plus rapidement touchées (dans l’ordre : le textile, le papier, les métaux primaires, le matériel électrique et les vêtements). Dans le secteur tertiaire, les problèmes de relève et de vieillissement de la population sont plus criants pour les activités liées aux sciences naturelles et appliquées, à la santé, aux sciences sociales (enseignement, administration publique et religion), aux arts, à la culture et aux loisirs ainsi qu’au transport.

Les problèmes de vieillissement, de dénatalité et d’immigration constituent donc une réalité comportant d’importantes conséquences pour tout propriétaire d’entreprise.

Que faire?

Il faudra s’adapter à cette nouvelle réalité et chercher à accroître la participation au marché du travail. À notre avis, tout propriétaire d’entreprise devra tenir compte des suggestions que nous formulons ci-après dans le cadre de sa réflexion stratégique et il devra, plus que jamais s’entourer de ses conseillers et personnes de confiance :

  • s’ajuster à la pression pour relever l’âge de la retraite et inciter ses travailleurs âgés à continuer à travailler au sein de son entreprise au-delà de l’âge de 60 ans (Note 18);
  • offrir plus de formation continue pour les employés, notamment les plus âgés;
  • accroître le taux d’activité des femmes puisqu’elles accusent un retard de 12,3 % dans leur taux d’emploi par rapport aux hommes;
  • accroître la participation des travailleurs peu spécialisés ou éduqués (la demande pour ceux-ci est plus forte que pour les universitaires);
  • favoriser et valoriser les mécanismes qui permettent le mentorat, le « coaching » et le transfert de connaissances accélérées;
  • être créatif et se distinguer pour attirer de nouveaux employés;
  • chercher à employer plus d’immigrants;
  • chercher à employer plus de jeunes et de finissants;
  • favoriser la rétention d’employés en prenant bien soin de ceux-ci, puisqu’il est très coûteux de former, puis de perdre un employé;
  • investir pour garder les employés en améliorant l’environnement et l’ergonomie du travail;
  • être plus ouvert et flexible à la qualité de vie au travail, au conditionnement physique et au nombre d’heures et de jours de travail par semaine;
  • combler le déficit par plus de travailleurs à temps partiel;
  • accommoder les parents ayant de jeunes enfants (par exemple, création de garderies en milieu de travail et flexibilité des heures de travail);
  • offrir, en région, des avantages ou incitatifs afin de conserver ses employés et d’attirer davantage d’immigrants.

Productivité et performance : deux enjeux vitaux

À notre avis, productivité et performance constitueront les défis des prochaines années pour tout propriétaire. Il faudra ainsi moderniser les moyens de production des entreprises, former les employés, mais surtout, mettre en place un processus de gestion de la performance et de la productivité afin de palier à la baisse anticipée de productivité et de performance chez un bassin de travailleurs vieillissants et donc moins rapides, alertes et efficaces.

L’expérience de cette force de travailleurs pourrait compenser ces facteurs à la condition que le passage du savoir-faire soit bien orchestré et soit valorisé et récompensé. Une amélioration des compétences et une meilleure organisation du travail seront définitivement deux facteurs qui permettront à une entreprise de se distinguer et d’améliorer leur rentabilité.

Les entreprises et les professionnels qui se spécialiseront et qui sauront se distinguer dans l’amélioration de la performance et de la productivité en entreprise seront donc nécessairement très en demande au cours des prochaines décennies.

Impacts sur nos gouvernements

Le bassin de main-d’œuvre active étant destiné à être substantiellement moindre dans les prochaines années, nos gouvernements seront au prise avec de sérieuses difficultés budgétaires puisqu’ils feront face à un manque à gagner substantiel en raison de la baisse importante en revenus d’impôts. Au Québec, où ces impacts se feront plus durement ressentir, le manque à gagner prévisible est de cinq milliards de dollars en 2019-2020. L’Alberta devrait bien s’en tirer en raison de sa richesse pétrolière et gazifière. L’Ontario devrait également bien s’en tirer.

D’ici 30 ans, certaines études démontrent que les dépenses de santé au Québec pourraient représenter 85 % des dépenses totales publiques par rapport à un taux de 42,6 % en 2004 (Note 19). Il est donc acquis, à notre avis, que le gouvernement devra procéder à des réformes majeures afin de réduire les coûts de fonctionnement du régime de soins de santé et permettre à la médecine privée (Note 20) de jouer un rôle très actif et important d’ici quelques années, d’où de belles opportunités pour les professionnels, chercheurs, financiers et entrepreneurs. Il ne peut en être autrement vu ces données et la réalité à laquelle nous sommes confrontés.

On devrait assister également à une baisse substantielle des programmes et services publics, faute d’argent, celui ci devant être consacré notamment à la santé. Les impacts sur notre société devraient se faire ressentir notamment dans les activités suivantes :

  • l’éducation (bien qu’il y aura moins de jeunes);
  • l’emploi (plusieurs secteurs seront affectés);
  • la culture et la solidarité sociale;
  • la sécurité et les forces de l’ordre;
  • le développement économique;
  • les infrastructures publiques;
  • l’environnement.

Le gouvernement aura donc de la difficulté à maintenir un budget équilibré. Actuellement, 16 % du budget du gouvernement est consacré à acquitter les intérêts sur le déficit (Note 21). Un accroissement du déficit emportera une augmentation de cette lourde charge d’intérêts et une baisse de manœuvre pour le gouvernement. Il est à prévoir qu’il y aurait des coupures dans les incitatifs fiscaux avantageux (R&D), ce qui serait toutefois malheureux et précurseur d’une réduction de l’intérêt pour les sociétés étrangères à venir s’établir au Québec et à y créer de l’emploi.

Les gouvernements canadien et québécois seront également aux prises avec une réalité importante nécessitant l’affectation de sommes importantes aux infrastructures de transport afin de désengorger les ports pour acheminer les biens importés ainsi que les autres moyens de transport (routes et chemins de fer) et prévenir leur dégradation pour que les entreprises puissent assurer un mode d’importation et d’exportation adéquat.

Impacts sur notre société

Ces facteurs démographiques négatifs devraient entraîner des impacts secondaires importants à plusieurs niveaux :

  • réduction des dépenses de consommation des Québécois;
  • appauvrissement de la société québécoise;
  • baisse de compétitivité à l’échelle mondiale;
  • baisse du niveau de vie (PIB par habitant);
  • accroissement important de l’écart du niveau de vie avec l’Ontario;
  • perte du poids relatif du Québec pour la péréquation canadienne.

Impacts sur le propriétaire d’une entreprise

Le choc démographique appréhendé aura, assurément, des répercussions sérieuses sur tout propriétaire d’entreprise. Des efforts importants d’adaptation seront requis pour suivre les besoins d’un marché en forte mutation.

On assistera, notamment, à une modification de la demande des produits et services face à une clientèle vieillissante, la consommation des individus étant directement proportionnelle à leur âge. Les opportunités se trouvent notamment à ce chapitre.

Il faudra penser globalement et exporter davantage puisque le bassin d’acheteurs de produits conventionnels sera réduit graduellement au Québec. Les PME ne pourront viser que le marché local. Il faudra chercher de nouveaux débouchés pour les produits, aux États-Unis notamment, au Mexique, en Amérique du Sud et dans les pays en émergence, en Asie (notamment en Chine et en Inde), et ailleurs dans le monde.

Comme l’immigration constituera prochainement la totalité de la croissance démographique québécoise, il faudra s’adapter aux besoins de ces immigrants en produits et services et chercher à comprendre leur mode et leur style de vie. De belles opportunités également en perspectives à cet égard.

3. OÙ SONT LES OPPORTUNITÉS?

Investir en prévision de demain : les secteurs d’activités à considérer

Les statistiques présentées dans le graphique suivant montrent la différence de consommation selon l’âge.

Nos recherches et notre réflexion nous portent à penser que les produits et services qui seront en demande par opposition à ceux qui en arracheront seront les suivants et, par conséquent et effet domino, les secteurs porteurs et ceux qui en arracheront dans les prochaines années en matière de Fusions & Acquisitions d’entreprises devraient être les suivants :

Produits qui seront en demande (« In »)

Les produits qui, à notre avis, dans un proche futur, devraient être en demande et par conséquent, les secteurs où il devrait y avoir beaucoup d’activités dans le domaine de la consolidation, du fusionnement et des Fusions & Acquisitions d’entreprises sont les suivants :

  • le transport adapté;
  • les résidences pour personnes âgées (Note 22);
  • les condos et unités de logements à peu d’entretien;
  • le secteur de l’eau;
  • l’alimentation;
  • les soins de santé privés (soins personnels; soins de la santé (SPA); soins à domicile; les soins de longue durée);
  • les cliniques privées, cliniques à domicile et services de santé à domicile;
  • les entreprises pharmaceutiques et de biotechnologie;
  • les pharmacies (médicaments);
  • les fabricants d’appareils médicaux;
  • les centres de recherche;
  • l’aéronautique;
  • Les pièces pour automobiles et camions et les garages pour réparation de véhicules;
  • les entreprises de pompe funèbre;
  • les équipements et moyens de chauffage ou de transport hybrides ou alternatifs à l’huile ou l’essence;
  • les services financiers (services de planification financière et de gestion de portefeuille - gestion de la fortune des baby-boomers);
  • les loisirs, notamment le multimédia, la lecture et les entreprises spécialisées dans les voyages, dont particulièrement les croisières (Note 23); etc.

Services qui seront en demande (« In »)

Chez les professionnels, conseillers et entreprises de services, les services suivants devraient être fortement recherchés :

  • tout ce qui touche les ressources humaines et le bien-être des gens au travail;
  • tout ce qui touche la santé et le bien-être;
  • le coaching de jeunes entrepreneurs imaginatifs et fougueux par des baby-boomers (anges) à la retraite ou semi-retraite souhaitant demeurer actifs et contribuer par la passation de leur savoir et en contribuant par des contacts, des capitaux de lancement (seed-money) et de l’expérience;
  • les experts en amélioration de la performance et de la productivité (Note 24);
  • les experts en consolidation, financement et Fusions & Acquisitions d’entreprises;
  • les experts en redressement d’entreprise et planification stratégique;
  • les experts en relève d’entreprise, passation de pouvoirs et levée de fonds;
  • les experts à l’international; etc.

Produits et services qui perdront de l’intérêt (« Out »)

Les produits et services qui, dans un proche futur, devraient perdre graduellement de l’intérêt sont les suivants :

  • les résidences cossues et la construction de maisons neuves;
  • les résidences dans certaines régions (Note 25);
  • l’immobilier commercial en régions rurales et dans les petites villes (Note 26);
  • le transport en commun (moins de travailleurs aux heures de pointe);
  • les achats et types de véhicule (conservation plus longue; achat de véhicule moins dispendieux et consommant moins de carburant);
  • les équipements, véhicules et chauffage à l’huile, à l’essence ou au pétrole;
  • le tabac, la bière et l’alcool;
  • les vêtements;
  • les appareils électro-ménagers, les articles et accessoires d’ameublement (Note 27);
  • l’électronique.

Au niveau immobilier, notons que les changements démographiques influencent directement la demande de logements. Plus la population en âge de former des ménages est importante, plus la construction augmente et plus les maisons existantes sont convoitées, ce qui en fait augmenter leur valeur et inversement. Au Québec, on estime que le marché immobilier sera encore porteur pour une période maximale de 20 ans (la population de 20 à 80 ans sera à son maximum). Statistiquement, c’est vers l’âge de 75 ans que l’on vend sa dernière maison. Les nombreux baby-boomers atteindront cet âge entre 2020 et 2040, ce qui devrait, à notre avis, provoquer une onde de choc sur le marché immobilier puisque le marché va devenir inondé de maisons pour lesquelles il sera difficile de trouver preneurs.

En somme, la demande pour les produits et services étant intimement liée à l’âge de la population qui les consomme, cette adéquation devra être examinée et revue périodiquement au cours des prochaines années dans le cadre de la revue du positionnement stratégique de chaque entreprise et la mise en place ou revue de son plan d’affaires. De plus, la compétitivité des entreprises à l’échelle mondiale est et sera de plus en plus au cœur des défis à relever pour nos entreprises!

Penser globalement et Focus international

Dans un contexte de globalisation et de concurrence internationale à laquelle nous ne pouvons échapper, nous sommes en présence de concurrents de calibre supérieur, tels la Chine, l’Inde, les États-Unis, le Mexique, l’Allemagne, le Japon, le Vietnam, etc.

Nous avons, par ailleurs, un accès instantané à une mer d’information à l’échelle planétaire, occasionnant des répercussions immédiates sur le cours des actions, le cours des denrées, les taux d’intérêt et l’économie.

Les cycles économiques ont également changé. On ne connaît plus de cycles de 5 ou 10 ans comme autrefois et il est difficile d’anticiper les nouveaux cycles. La révision des plans d’affaires et planifications stratégiques à tous les cinq ans a laissé place à une révision annuelle.

Nous vivons également une période de transition avec, en arrière plan les problèmes environnementaux, le phénomène El Niño, les problèmes de sécheresse, les inondations (Nouvelle-Orléans, Mississipi et Alabama), désastres écologiques et ouragans (Katrina), le réchauffement planétaire, les gaz à effet de serre et la fonte des glaciers, l’accord de Kyoto, le terrorisme mondial (le 11 septembre, Madrid, Bali, Londres, etc.), les guerres constantes (Irak, Afghanistan, Iran?, etc.), les nombreux conflits qui perdurent (Bande de Gaza, Israël/Palestine, le Cachemire, les conflits religieux), le SRAS, le sida, le cancer, la vache folle, les problèmes de gouvernance (Enron, Wordlcom, Arthur Anderson, etc.), le conflit du bois-d’œuvre, la forte augmentation des prix du pétrole et la montée du dollar canadien.

L’environnement d’affaires est plus concurrentiel et il est mondial. On assiste à une montée fulgurante des économies émergentes, notamment la Chine, l’Inde et les pays en voie de développement. Leur croissance est extrêmement rapide. Par exemple, la Chine a connu une croissance de 9,1 % de son PIB en 2003, avec un taux d’inflation de 1,2 %, un taux de chômage inexistant et une moyenne nationale de salaire annuel de 890 $ US.

Ces pays exercent une pression énorme à l’échelle planétaire (et au Québec), notamment sur l’industrie du textile, le secteur manufacturier, les services de base (centres d’appels) et la haute technologie. Le Québec a perdu son caractère compétitif dans plusieurs secteurs et il est pratiquement impossible de compétitionner dans certains champs d’activité face à la Chine où le salaire horaire est de 0,45 $ et où la variation des taux de change entraîne un effet négatif important sur certains pays, dont le Canada. Par ailleurs, l’accélération du rythme de l’innovation commerciale et de la technologique réduit le cycle et la durée de vie des produits.

Pendant ce temps, plusieurs pays industrialisés s’organisent. Ainsi, les autres États membres de l’OCDE, investissent massivement dans la R&D, les infrastructures et l’aide aux entreprises. Ils font, de plus, de la natalité un enjeu électoral. C’est notamment le cas en France et en Allemagne (Note 28).

Éléments de réflexion

Dans ce contexte, les enjeux pour notre société sont majeurs : Quel avenir réserve-t-on à nos descendants? Quel sera l’avenir de notre société québécoise d’ici 25 ans ou 50 ans? Et celle du Canada? Pensez à la richesse que constituent nos ressources naturelles. Pensez à la plus grande richesse mondiale que nous détenons : « L’eau : miracle de la vie! ».

Serons-nous en mesure d’assurer leur (notre) protection et d’en partager les bienfaits? Comment réagir face à l’intérêt massif des étrangers pour nos sociétés et nos ressources? Serons-nous en mesure d’assurer la sécurité et la protection de notre territoire, sachant qu’il y aura de moins en moins de fonds disponibles pour les forces de l’ordre et les forces armées et de moins en moins de jeunes?

Toutes de belles questions de réflexion qui devront être sur la planche à dessin de nos gouvernements et de notre société pour les prochaines années car il est indéniable que cette gigantesque vague de fond est à nos portes.

CONCLUSION

Nous avons voulu dresser, dans cet article, un sommaire, le plus représentatif qui soit, des principaux défis, des répercussions et des enjeux qu’auront à faire face, notamment, les entrepreneurs québécois au cours des prochaines décennies, en raison de l’importance du choc démographique négatif qui s’annonce. Par effet domino, on y constate que les prochaines années seront porteurs d’un regain extraordinaire d’activités dans les domaines suivants : redressement d’entreprise, faillite et insolvabilité (pour les secteurs et régions qui en arracheront), et relève d’entreprise, consolidation, financement et Fusions & Acquisitions d’entreprises (pour plusieurs autres secteurs et régions que nous avons identifiés dans cet article). L’amélioration de la productivité et de la performance seront également deux facteurs porteurs dans les prochaines décennies.

Somme toute, un tableau sombre qui pointe à l’horizon. Pourtant, à travers tous ces désastres, conflits, problèmes, maladies et guerres constantes, la vie et la nature humaine ont toujours su s’adapter, s’accrocher et surmonter ces difficultés.

D’ailleurs qui aurait pu prédire il y a 50 ans ce que serait le visage de notre réalité quotidienne? La population et ses leaders ont toujours su s’adapter et agir en situation de crise. Il est fort à parier que nous saurons faire face à ce tsunami démographique qui est maintenant à nos portes et nous sommes persuadés que tous les efforts et ressources nécessaires seront déployés pour maintenir notre compétitivité, notre richesse, notre culture, notre caractère distinct, notre sécurité, notre bien-être collectif et notre avenir et, qui plus est, celui de nos enfants.

Maintenant plus conscients et éveillés à ces nouveaux problèmes qui s’annoncent, les entrepreneurs pourront se préparer, s’entourer d’experts et de conseillers et ils bénéficieront de meilleurs chances de succès dans cette navigation en eaux troubles et dans ces opportunités qui s’offriront en matière, notamment, de Fusions & Acquisitions d’entreprises.

Ainsi, ceux qui sauront adapter leur processus de gestion, qui sauront réaliser un véritable transfert de savoir-faire et de pouvoir tout en procurant un sentiment d’appartenance et un sens de travail à leurs employés, ceux qui sauront marier dans l’entreprise les différentes cultures qui s’imposeront entre les personnes de souches québécoises et les immigrants et ceux qui sauront comprendre et trouver le juste équilibre entre les baby-boomers, la génération X et la génération Y seront parmi les gagnants des prochaines années.

Mentionnons finalement que, dans tout ce contexte, on constate néanmoins un regain d’intérêt certain pour la famille au Québec et à l’échelle mondiale (du moins, dans le monde occidental) chez la génération montante (génération Y) où la convivialité, un niveau de vie mieux balancé et la simplicité de la vie sont des valeurs prisées.

Somme toute, nous sommes convaincus et nous osons prédire (et fortement recommander) que la NATALITÉ deviendra l’un des enjeux majeurs des prochaines élections fédérales et provinciales, tout comme c’est présentement le cas dans divers pays, notamment en Allemagne (Note 29) et au Japon (Note 30) et comme cela le deviendra sous peu dans plusieurs autres pays, comme la Russie! À notre avis, il ne peut en être autrement et plus vite nos gouvernements déploieront concrètement leurs efforts en ce sens, plus vite nous pourrons avoir un plan stratégique de société à long terme pour aplanir ces difficultés.

Pour les acteurs en Fusions & Acquisitions, de belles années qui s’annoncent!

Si vous voulez en apprendre davantage sur les Fusions et Acquisitions ne manquez pas notre séminaire de deux jours intitulé «Transactions d'achat-vente d'entreprise : recettes gagnantes et boîte à outils», les mercredi et jeudi, 26 et 27 octobre 2005, donné au Centre de perfectionnement de HEC Montréal. (Cliquez ici pour plus d'informations)

Notes :

(1) Pour en savoir plus sur cette réalité démographique et les impacts qu'elle occasionnera ainsi que pour les sources aux données statistiques énoncées aux présentes, nous vous invitons à consulter l'étude exhaustive de Me Patrice Vachon publiée sur le site de Heenan Blaikie : www.heenanblaikie.com (retour au paragraphe)

(2) Le basin des 15-65 ans. (retour au paragraphe)

(3) Ce qui se fait actuellement est, à notre avis et de l'avis de plusieurs intervenants, nettement insuffisant pour s'ajuster à cette réalité. (retour au paragraphe)

(4) Les personnes nées entre 1946 et 1966. (retour au paragraphe)

(5) Il faut toutefois noter que plusieurs d'entre eux commenceront à prendre leur retraite avant l'âge de 65 ans, celle-ci étant donc imminente (2006 pour plusieurs). (retour au paragraphe)

(6) 1 877 000 personnes à Montréal. (retour au paragraphe)

(7) Les personnes âgées de 65 ans et plus. 69% de la population constitue les personnes actives (15-65 ans) et 18% constitue la tranche des enfants (0-14). (retour au paragraphe)

(8) Source : Population Reference Bureau. (retour au paragraphe)

(9) Pourcentage de la population âgée vs la population active. (retour au paragraphe)

(10) Source : OCDE. (retour au paragraphe)

(11) Nombre moyen d'enfants par femme. (retour au paragraphe)

(12) En 1961, l'âge moyen de la mère au premier enfant était de 24,4 ans alors qu'il atteignait 26,8 ans en 1999 (Source : «Démographie et famille : avoir des enfants, un choix à soutenir»; Conseil de la famille et de l'enfance (Québec), 2002, p. 26. (retour au paragraphe)

(13) Source : Population Reference Bureau. (retour au paragraphe)