De nombreux financements et transferts
d’entreprise éprouvent de la difficulté
à franchir avec succès l’étape incontournable
de la vérification diligente. Ce phénomène
s’explique en grande partie par le fait que celle-ci se
déroule trop souvent sous le coup de l’improvisation
de dernière minute, ce qui engendre des difficultés
considérables pour les personnes impliquées de
part et d’autre dans un tel processus. Il existe pourtant
des moyens efficaces et abordables pour éviter de telles
difficultés qui font parfois avorter l’opération
envisagée.
Qu’est-ce que la vérification
diligente?
La vérification diligente
(due diligence) se veut un passage obligé pour toute
opération visant un financement en équité,
privé ou public, ou un transfert d’entreprise.
Elle comporte généralement trois volets : un volet
financier, un volet commercial/technique et un volet juridique.
Le but de cette vérification
est de permettre à un éventuel investisseur ou
acquéreur de se renseigner globalement sur l’état
de l’entreprise cible faisant l’objet d’un
financement ou d’une acquisition et de déterminer
si les conditions recherchées pour l’investissement
ou l’achat sont réunies.
En quoi consiste le volet juridique?
Le volet juridique de la vérification
diligente implique un examen complet de la dimension juridique
d’une entreprise. Ce volet permet non pas de mesurer l’indice
de rentabilité mais plutôt l’indice de solidité
d’une entreprise. Il s’agit ici de passer en revue
tous les documents importants de l’entreprise se rapportant
à sa constitution, son organisation, son financement
et son exploitation. Dépendamment de la taille de l’entreprise,
le volume de documents impliqués peut varier considérablement.
L’objectif visé de cet
exercice consiste à évaluer l’état
de chacune des composantes juridiques d’une entreprise
et d’évaluer l’impact de cet état
sur la valeur de l’entreprise et son exploitation future.
L’identification de composantes juridiquement précaires
lors de cet exercice impliquera évidemment des remises
en question importantes de l’opération envisagée
qui peuvent aller aussi loin que le désistement de l’investisseur
ou de l’acquéreur.
Problèmes éprouvés
Il arrive hélas souvent que
cet exercice se heurte à de nombreuses difficultés
de parcours résultant généralement d’un
très mauvais entretien de la dimension juridique de l’entreprise
concernée. Ce phénomène est très
commun au sein des entreprises car la gestion juridique de celle-ci
n’occupe pas une place très importante dans les
préoccupations d’un dirigeant qui investit plutôt
son temps sur la gestion de l’exploitation et la gestion
financière de son entreprise.
Les problèmes les plus souvent
éprouvés au sein de ce volet de la vérification
diligente sont :
1-Disponibilité de la documentation;
2-Confidentialité de la documentation;
3-Quantité de la documentation;
4-Mauvais état de la documentation;
5-Impact défavorable de la documentation examinée;
6-Difficulté d’effectuer les corrections recherchées.
Conséquences
Lorsque les problèmes mentionnés
précédemment se manifestent, ils engendrent une
batterie de conséquences telles qu’énumérées
ci-après :
1-Délais importants;
2-Complications;
3-Frustations;
4-Perte de confiance;
5-Diminution de la valeur de l’entreprise;
6-Retenue importante sur l’investissement ou le prix d’achat;
7-Échec de l’opération.
Mesures à prendre
Prévention
Il va sans dire que la solution idéale
à ce problème réside dans le fait que les
dirigeants d’entreprise s’intéressent davantage
à la gestion juridique de leur entreprise. Ce faisant,
ils éviteraient souvent les nombreuses crises vécues
dans l’exécution de cette phase d’un financement
ou d’une acquisition. L’expérience démontre
qu’un suivi constant de la dimension juridique d’une
entreprise implique d’abord et avant tout une prise de
conscience ainsi qu’un énorme investissement de
temps et argent. Il faut penser ici en termes d’entretien
préventif pour éviter les frais des grosses réparations
résultant d’une négligence constante à
effectuer la gestion juridique de l’entreprise. À
défaut de ce faire, il faut vivre avec les conséquences.
Préparation
À défaut d’avoir
développé de bonnes pratiques de gestion juridique
dans le cadre des activités courantes de l’entreprise,
il faut dès lors consacrer un peu plus de temps à
la planification de l’opération de financement
ou de transfert d’entreprise afin de mettre de l’ordre
dans l’entreprise avant de la faire visiter à d’éventuels
investisseurs ou acquéreurs.
Cette préparation implique
une revue à l’interne des différentes composantes
juridiques de l’entreprise dans le triple but de rendre
celle-ci facilement disponible en temps opportun, d’éviter
aux conseillers juridiques de l’investisseur ou de l’acquéreur
de consacrer trop de temps à trier celle-ci et de corriger
en temps utile (avant le déclenchement de la vérification
diligente) les lacunes qui peuvent compromettre la rapidité
et la qualité d’exécution ainsi que le bilan
juridique qui en résultera.
Instrumentation
L’un des facteurs qui contribue
au désintéressement des dirigeants face à
la gestion juridique de leur entreprise provient du fait qu’il
n’existait pas, jusqu’à tout récemment,
d’instruments susceptibles de les aider dans l’exécution
d’une telle tâche.
Il existe désormais un outil
conçu spécifiquement à cette fin, dénommé
Grand Livre Juridique, qui, à l’instar du grand
livre comptable, permet de consolider, de façon ordonnée,
toute l’information juridique se rapportant à une
entreprise en un seul endroit au fur et à mesure que
celle-ci devient disponible.
Grâce à un tel instrument,
un dirigeant peut avoir à sa disposition une information
juridique complète et structurée qu’il peut
consulter à sa guise. Ce faisant, il devient alors possible
pour tout dirigeant ayant accès à ce Grand Livre
Juridique de contribuer à une gestion juridique efficace
de l’entreprise bénéficiant d’un tel
instrument et de répondre efficacement à toute
demande venant de la part des conseillers juridiques d’un
investisseur ou d’un acquéreur, le cas échéant.
Conclusion
En guise de conclusion de la présente
chronique, il convient de rappeler le vieil adage que tout problème
comporte un élément d’opportunité.
Dans le cas qui nous occupe, il faut donc garder à l’esprit
que la bonne réponse, de la part de tout dirigeant d’entreprise
face aux éventuels périls se rapportant au volet
juridique d’une vérification diligente, serait,
dès aujourd’hui, de développer certains
réflexes de gestion juridique qui risquent de rapporter
gros le jour venu d’évaluer l’entreprise.