*avocats
chez Smart
& Biggar (Haut de la page)
Note
1 : L.R.C. 1985, ch. P-4. (Retour au texte)
Note
2 : Marchand c. Peloquin (1978), 45 C.P.R.
(2d) 48 p. 62 (C.A. Que.). (Retour au
texte)
Note
3 : Code civil du Québec (C.c.Q.), art.
1016. (Retour au texte)
Note
4 : Forget c. Specialty Tools of Canada inc.
(1995), 62 C.P.R. (3d) 537 à 545-546 (C.A. C.B.).
(Retour au texte)
Note
5 : Idem. p. 537 à 542.; Supra
note 2. (Retour au texte)
Note
6 : Supra note 4, p. 537 à 542; C.c.Q. art.
1015. (Retour au texte)
Note
7 : C.c.Q. art. 1022. (Retour au texte)
Note
8 : C.c.Q. art. 1033. (Retour au texte)
Note
9 : C.c.Q. art. 1018. (Retour au texte)
Note
10 : C.c.Q. art. 1015. (Retour au texte)
Note
11 : C.c.Q. art. 1020. (Retour au texte)
Note
12 : Supra note 4, p. 537 à 544. (Retour
au texte)
Le
bail commercial : Un actif ou un passif ?
Par Me Denis Paquin**
Beaucoup d’entreprises,
et pas nécessairement les moins sophistiquées,
signent des baux à long terme après n’avoir
examiné attentivement que les loyers payables, les
autres dispositions constituant, selon elles, des clauses
relativement standards visant à rembourser le locateur
pour les coûts qu’il encourt, à encadrer
les opérations de l’ensemble des locataires
et à prévoir les conséquences d’un
défaut du locataire.
Pourtant, ces entrepreneurs
vous confirmeront que le loyer constitue, avec les salaires,
le poste de dépense le plus important de l’entreprise.
Un bail commercial constitue bien sûr un poste de
dépenses; ce poste peut être assez bien contrôlé
ou laissé à la merci du locateur, il peut
également être un actif permettant à
l’entreprise de s’adapter, selon ses besoins.
Actif ou passif? Voilà
la question.
Regardons certaines
situations qui, pour un locateur ou pour un locataire, peuvent
faire en sorte qu’un bail soit un actif ou un passif.
A. L’espace loué
et la durée
La règle de
base veut qu’un locataire loue un local donné
pendant une durée fixe. Le locataire bonifiera sa
situation s’il peut se donner de la flexibilité
en regard de ces deux composantes de base. Par exemple,
au niveau de la durée, il se négociera des
options de renouvellement; s’il a un pouvoir de négociation,
il pourra même faire en sorte que ces options soient
pour des durées flexibles. Il pourra également
se donner une certaine latitude en prévoyant un droit
de résiliation à certaines périodes
pour une partie ou l’ensemble des lieux loués,
moyennant une indemnité payable au locateur. Ces
différents éléments qui se greffent
à la durée peuvent donc permettre au locataire
une continuité d’opération dans un local
donné (ce qui est très important s’il
se bâtit un achalandage) et il pourra également,
à l’inverse, prévoir la possibilité
de se libérer de son contrat advenant que, pour une
raison ou une autre, ce local ne soit plus approprié.
Le locateur, de son
côté, voudra des engagements fermes ou, advenant
l’acceptation d’un droit de résiliation,
une indemnité de résiliation qui tient compte,
entre autres, des investissements qu’il aura effectués,
des expectatives de revenu et du risque de se retrouver
sans loyer pour une période de temps. Le locateur
voudra également qu’il y ait une longue période
entre l’exercice du droit de résiliation et
la date effective de résiliation pour avoir le plus
de temps possible pour trouver un nouvel occupant, ce qui
pourra rendre payante cette résiliation anticipée.
Il voudra également se donner le droit de reprendre
le bail dans certaines circonstances où il appert
que le locataire n’attache plus d’importance
au bail comme, par exemple, s’il cesse d’occuper
une certaine portion du local (même s’il continue
de payer son loyer) ou s’il souhaite céder
son bail ou sous-louer son espace. En regard de ce dernier
élément, la clause de cession et de sous-location
peut constituer un outil intéressant pour les parties
permettant de s’ajuster aux besoins des uns et des
autres.
Au niveau de la configuration
de l’espace loué, le locataire prudent qui
signe un bail à long terme pourra vouloir se donner
la possibilité d’agrandir ou de rétrocéder
une portion de son espace à certaines périodes
et selon certaines modalités. Il pourra également
vouloir la possibilité de louer des espaces adjacents
qui deviendraient disponibles. Le locateur qui a une bonne
relation avec son locataire et qui est satisfait de sa capacité
de rencontrer ses obligations, financières et autres,
pourra y voir un intérêt à la condition,
d’une part, qu’il puisse obtenir le même
rendement financier que s’il louait cet espace à
un tiers et, d’une autre part, qu’il ne soit
pas obligé de « geler » un espace vide
pour le locataire. Si le local peut s’adapter aux
besoins du locataire, ce dernier en tirera bénéfice
puisqu’il pourra adapter son espace en fonction de
ses besoins et éviter les tracas et les coûts
reliés à un déménagement. Le
locateur pourra également faire en sorte que cette
flexibilité ne lui coûte rien et lui permette
de conserver un locataire profitable pendant de longues
années.
Évidemment,
en regard de chacun de ces éléments, autant
les parties peuvent bonifier leur bail et en faire un actif,
autant par une mauvaise négociation et rédaction
peuvent-ils se retrouver avec un boulet qui vient affecter
négativement la valeur de leur bail.
B. Loyer
Tel que mentionné
dans l’introduction, certaines personnes se contentent
de regarder le montant du loyer de base; si le montant annuel
au pied carré est satisfaisant, la transaction est
conclue. D’une part, la superficie indiquée
au bail est-elle la superficie réelle, est-ce que
le mesurage a été fait selon les normes du
bail?
Mais le loyer de base
n’est pas tout. Il y a, bien sûr, pour les baux
de commerces de détail, la composante de loyer à
pourcentage. Mais il y a surtout, dans le cas de tout bail
net, le loyer additionnel qui, dans certains cas, peut être
plus élevé que le loyer de base. Pour qu’un
bail constitue un actif, un locataire devra s’assurer
que certaines dépenses soient exclues ou déduites
du loyer additionnel. Il semble évident que si un
locateur souhaite construire une nouvelle structure sur
sa propriété ou agrandir un édifice
existant, ces coûts ne devraient pas être rechargés
aux locataires. Pourtant, il arrive souvent que ces dépenses
ne soient pas exclues des frais d’opérations
et que certains locateurs « se financent » à
même leur locataire. Si un locateur encourre une dépense
qui est par la suite remboursée par le biais d’une
indemnité d’assurance, ce remboursement devrait
venir s’appliquer contre la dépense et réduire
les frais d’opérations. Il arrive fréquemment
que cette déduction ne soit jamais faite. Bref, un
locataire prudent ne signera pas un chèque en blanc
en regard du loyer additionnel puisqu’il est clair
que pour certains locateurs, la composante « loyer
additionnel » constitue un centre de profit.
Du point de vue du
locateur, son bail constituera un actif si le loyer additionnel
permet de recharger tous les coûts reliés à
l’opération de la propriété.
Tout manque à gagner viendra affecter la valeur de
la propriété.
C. Opérations
Un locataire qui s’engagerait
à opérer un commerce pendant dix ans uniquement
pour la vente de sacs à main en cuir de couleur noire
pourrait difficilement invoquer que son bail constitue un
actif. Il s’agit évidemment une caricature
mais elle illustre bien que, plus le locataire dispose d’une
flexibilité lui permettant d’adapter ses opérations
dans le temps, lui permettant, dans certains cas de limiter
ou de restreindre la compétition, de s’assurer
d’une visibilité, d’un accès,
d’un stationnement, etc., avantageux, plus il pourra
se vanter d’avoir un bail qui constitue un actif.
Toutes ces clauses sont délicates et dépendent
grandement du pouvoir de négociation de chacun. Mais
un locataire se doit de prévoir ses besoins et de
faire en sorte que le bail lui permette de s’adapter,
tout en reconnaissant que le locateur a, de son côté,
intérêt à ce que les opérations
de chacun soient bien délimitées.
Un bail qui constitue
un actif pour les deux parties permettra au locataire de
s’adapter raisonnablement selon ses besoins tout en
laissant au locateur les coudées franches quant à
l’opération du reste de la propriété.
Il s’agit là d’un équilibre difficile
à atteindre puisqu’il suppose un pouvoir de
négociation à peu près égal.
Plus on s’éloigne de cet équilibre,
plus le bail devient un actif pour une des parties et un
passif pour l’autre. Certains locataires puissants
contrôlent la propriété de leur locateur
comme si elle leur appartenait. À l’opposé,
certains baux prévoient que l’opération
du locataire ne changera pas d’un iota. L’ensemble
de ces dispositions doit être analysé attentivement,
quel que soit le pouvoir de négociation de l’un
ou de l’autre. Si une partie voit son bail comme étant
un carcan, les relations risquant d’être houleuses
en permanence puisque cette partie fera tout ce qu’elle
peut pour améliorer sa situation. À l’opposé,
un bail bien négocié et qui fait l’affaire
des deux parties risque fort de rester dans un classeur
pendant toute la durée.
Conclusion
Le bail commercial
constitue pour le locataire un de ses postes de dépenses
les plus importants. Un bail contient des chiffres que l’on
voit, mais contient également des chiffres que l’on
ne voit pas. Dans le cas du locateur, la valeur de sa propriété
commerciale repose en très grande partie sur la valeur
de ses baux. Des baux bien rédigés, des baux
qui s’harmonisent les uns par rapport aux autres,
voilà un gage d’une bonne valeur de revente.
Le bail commercial peut définitivement être
un actif, et même un actif de grande valeur. Il peut,
à l’opposé, constituer un boulet, un
passif qui aura une répercussion négative
sur les opérations du locateur ou du locataire et,
sur sa faculté de s’adapter à son marché.
Un bail qui étouffe, que ce soit au niveau économique
ou opérationnel est susceptible de coûter cher
aux parties, en argent, en temps et en énergie puisque
les disputes, les contestations et les recours seront fréquents.
Un loyer de base attirant
n’est pas une garantie d’un bon bail tout comme
une voiture rutilante n’est pas synonyme d’une
voiture de qualité. Pour un bail commercial, comme
pour tout autre contrat, il faut aller au-delà des
apparences.
**avocat
et associé chez Fasken
Martineau DuMoulin s.r.l. (Haut de la
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