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VEILLE JURIDIQUE EN ENTREPRISE
Nous avons discuté,
dans une chronique antérieure sous l’enseigne
de la gestion juridique, de la notion de bilan juridique
et de son importance dans la détermination de la
valeur économique d’une entreprise. Dans cette
chronique, nous entendons, toujours sous la même enseigne,
proposer un moyen efficace pour bonifier ce bilan dans le
cours de la vie d’une entreprise, par la mise en place
d’un processus de veille juridique continue.
Rappelons d’entrée de jeu que les concepts
du bilan et de la veille juridique, que nous considérons
comme les piliers de la gestion juridique, ne sont pas tellement
ancrés dans la culture des gens d’affaires
et des juristes. La seule manifestation du bilan juridique
qui retient l’attention prend plutôt la forme
d’un exercice de vérification diligente («due
diligence»), lors d’un financement ou d’une
acquisition d’entreprise. Il s’agit ici d’opérations
très ponctuelles commandées par des tiers
qui ne contribuent généralement pas à
sa valeur ajoutée. En ce qui concerne la veille juridique,
cette pratique, malgré son riche potentiel préventif,
connaît très peu d’adeptes à ce
jour. Seules les grandes sociétés, qui ont
les moyens de se payer un contentieux à l’interne,
se permettent d’explorer cette piste.
Ce phénomène s’explique par un ensemble
de facteurs. En premier lieu, il faut mentionner que la
formation juridique, tant universitaire que professionnelle,
dispensée aux futurs juristes offre peu d’enseignement
sur de tels concepts. Cette omission fait obstacle au développement
d’une vision et du savoir-faire requis pour promouvoir,
coordonner et exécuter les différentes tâches
inhérentes à ce qu’il convient d’appeler
la gestion juridique. En second lieu, il faut aussi signaler
que les gens d’affaires sont très peu sensibilisés
à l’importance de la dimension juridique de
leur entreprise, d’autant plus que celle-ci n’est
pas perçue comme étant génératrice
de revenus! Enfin, il n’existe pas d’instrumentation
spécifique visant à soutenir une bonne veille
juridique au sein de cette dernière et à faciliter
la planification et l’exécution des travaux
juridiques que celle-ci peut engendrer à des coûts
abordables.
Dans une étude publiée en septembre 2003 par
la Corporation de services du Barreau du Québec intitulée
« L’employabilité des avocates et des
avocats auprès des PME du Québec», l’auteur
de cette étude, Monsieur Pierre Boucher, un économiste,
relate cet état de fait dans la foulée de
son enquête lorsqu’il affirme :
«…le
dirigeant typique de la PME du Québec ne voit pas
l’utilité de la profession d’avocat dans
les cadres de son entreprise parce qu’il ne la connaît
pas.» p.39
ce qui confirme
que la dynamique actuelle entre les gens d’affaires
et les juristes n’a pas encore pris le virage de la
gestion juridique d’entreprise.
Cela dit,
il ne faut pas conclure pour autant que la gestion juridique
n’a pas sa place dans le vécu d’une entreprise.
Au contraire, eu égard au fait que l’environnement
juridique, dans lequel elles évoluent, ne fait que
devenir de plus en plus complexe, il faut redoubler d’effort
pour faire en sorte que la gestion juridique devienne plus
accessible aux gens d’affaires et aux juristes qui
désirent l’introduire dans leur répertoire
professionnel.
Compte tenu
de l’importance des enjeux tant pour les gens d’affaires,
soucieux d’ajouter de la valeur à leur entreprise
ou de la préserver, que pour les juristes, désireux
de protéger et de faire croître leur clientèle
d’affaires, le moment est venu de proposer une solution
globale aux éléments qui mettent constamment
en veilleuse la culture de gestion juridique.
Cette solution doit comporter deux volets : un premier qui
porte sur la formation et un second sur l’instrumentation.
Le volet formation doit permettre l’acquisition des
connaissances et le développement du savoir-faire
requis pour effectuer une gestion juridique efficace. Le
volet instrumentation doit, quant à lui, prendre
la forme d’un «Grand Livre Juridique»
qui, à l’instar du grand livre comptable, sert
à regrouper toute l’information importante
se rapportant à la dimension juridique d’une
entreprise sur lequel doit reposer ultimement tout l’exercice
de veille juridique auquel elle doit se livrer pour assurer
sa solidité.
Pour rejoindre Me Gilles
Thibault, par courriel gthibault@edilex.com
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