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COMMENT UNE DÉBENTURE
PEUT TOURNER À LA DÉBANDADE
Les entreprises
à la recherche de capital disposent de différents
moyens pour recueillir celui-ci. Elles peuvent émettre
des actions de son trésor ou emprunter auprès
d’une institution financière en créant
une charge sur leurs actifs. Elles peuvent aussi émettre
des débentures c’est-à-dire un titre
de créance qui s’apparente à un billet
à ordre sans pour autant en être un. Pour rendre
les débentures attrayantes aux investisseurs, il
est fréquent que l’entreprise émettrice
y rattache un droit de conversion en actions permettant
ainsi au détenteur de telles débentures de
maximiser le rendement sur son investissement lorsque l’entreprise
prend de la valeur.
L’entreprise qui obtient des fonds par la voie d’une
émission de débentures ne doit cependant pas
berner les éventuels investisseurs qu’elle
sollicite lorsqu’elle se livre à un tel exercice,
tel qu’en fait foi la décision rendue dans
Aksenova c. Monitus Digital Communications
Corporation, [2001] R.J.Q. 981 (C.S.); J.E. 2001-763
(C.S.); REJB 2001-24518.
Dans cette affaire, le juge Bishop, de la Cour supérieure
du Québec, a non seulement annulé la conversion
d’une débenture en actions mais aussi condamné
l’entreprise, son actionnaire unique et son chef de
la direction financière à rembourser l’investissement
de 204 000 $ dollars plus les intérêts aux
investisseurs qui se sont fiés à des informations
erronées et fausses provenant de ses dirigeants.
Examinons de plus près cette affaire.
Les parties
Monitus Digital Communications Corporation (« Monitus
») une société par actions fédérale.
Jean-Guy Bossé («Bossé») l’administrateur
et actionnaire unique, Valentine Birko («Birko»),
le chef de la direction financière et seule personne
autorisée à signer et à transiger les
affaires bancaires, et Sergio A. Guerbilsky («Guerbilsky»),
vice-président de Monitus. Igor Mashinsky («Mashinsky»)
et Regina Aksenova («Aksenova») tous les deux
les investisseurs des 204 000$ dollars et demandeurs dans
cette affaire.

Les
faits
Mashinsky a été présenté à
Birko en septembre 1999 comme investisseur éventuel
pour Monitus. Suite à plusieurs rencontres entre
Mashinsky, Birko et Bossé, un contrat a été
signé par les demandeurs et Bossé le 15 octobre
1999 par lequel une débenture convertible était
émise par Monitus pour la somme de 204 000 $ dollars.
Les principaux éléments du contrat notés
par le juge Bishop et pertinents à cette affaire
sont les suivants :
- Le préambule
indique que Monitus deviendra une compagnie publique, que
des actions seront émises auprès du public
et que la juste valeur marchande, au moment de la signature,
des 100 actions ordinaires émises et en circulation
est de 10 200 000 $ dollars, valeur devant être révisée
par un évaluateur indépendant.
- La débenture est souscrite pour la somme de 204
000 $ et est convertible en actions ordinaires équivalant
2 % de la valeur marchande des actions. Si la débenture
n’est pas convertie en actions au 28 février
2000, ou avant, un intérêt de 10 % est payable
à partir de cette date. Dans le cas où la
débenture serait convertie avant cette date, aucun
intérêt ne sera payé.
Les demandeurs
ont donc confié leur investissement sur la foi de
ces informations et conditions, ainsi que selon les renseignements
donnés verbalement au cours des plusieurs rencontres
préalables à la signature de l’entente.
Le 9 novembre 1999, Bossé, légalement autorisé
à agir ainsi, a adopté une résolution
affirmant que les demandeurs ont réclamé la
conversion de la débenture et autorisant l’émission
de 2 041 actions ordinaires en leur faveur. Un certificat
d’actions a par la suite été remis aux
demandeurs.
La conversion de la débenture en actions ordinaires
a ainsi annulé toute obligation pour Monitus de rembourser
l’investissement aux demandeurs de 204 000 $ plus
intérêt de 10% à partir du 28 février
2000.
Les questions en litige
Cette affaire soulève deux questions importantes
:
1) La conversion
de la débenture en actions ordinaires de Monitus
est-elle valide ?
2) Les demandeurs ont-ils été incités
à souscrire à la débenture ou à
la convertir en actions suite aux déclarations trompeuses
des défendeurs ?
La
décision
Le juge Bishop a d’abord déterminé que
Mashinsky a effectivement consenti verbalement à
la conversion de la débenture lorsqu’il a téléphoné
Birko le 18 octobre 1999, possiblement, selon le juge, en
raison de l’influence de Birko qui, comme nous le
verrons plus tard, préférait sans doute voir
cette conversion se réaliser le plus rapidement possible
avant l’évaluation de la valeur marchande des
actions par l’expert indépendant.
Toutefois, il a déclaré cette conversion invalide
justement parce qu’elle a été effectuée
avant la vérification par l’expert. Le contrat
stipulait en effet que la conversion était soumise
à cette obligation. Cette expertise n’a d’ailleurs
jamais eu lieu.
Sur la question des fausses représentations, le tribunal
a d’abord examiné la situation financière
de l’entreprise pour en constater la détérioration
depuis sa création et son insolvabilité depuis
1997. La preuve a été insuffisante à
démontrer que l’argent des demandeurs a été
entièrement utilisé pour payer les défendeurs,
leurs employés et leurs compagnies.
Le juge Bishop a par la suite conclu que la valeur des actions
indiquée à l’entente et mentionnée
aux demandeurs avant la signature est grossièrement
exagérée et clairement non fondée.
Cette valeur est un des éléments les plus
importants pris en considération lors de la décision
d’investir.
Les demandeurs se sont également fiés aux
affirmations de Bossé et Birko à l’effet
que des investissements privés provenant de Toronto
et d’un autre souscripteur à une débenture
semblable à la leur allaient permettre à la
compagnie de s’inscrire sur le marché boursier
avant le 28 février 2000, suivi d’une émission
publique d’actions dans un délai de six à
sept mois. Cette « promesse » constituait un
deuxième élément important dans la
décision des demandeurs d’investir.
Jusqu’à quel point Bossé et Birko ont-ils
faussé la possibilité et le délai de
l’inscription de Monitus sur le marché boursier
? Cette inscription dépendait du financement privé
et du développement de sa banque de données
et de ses logiciels. Ils savaient, selon le juge, que ces
deux éléments ne seraient pas complétés
dans un court délai. Même si le financement
privé avait été obtenu en entier pour
le 28 février 2000, ils n’auraient pu inscrire
Monitus sur le marché boursier avant au moins un
autre six mois en raison du développement des logiciels
et de la banque de données, auquel devait s’ajouter
quelques mois d’opérations avant l’émission
publique d’actions.
Le juge Bishop est donc arrivé à la conclusion
que les demandeurs ont été victimes de fausses
représentations de la part de Bossé et Birko,
notamment quant à la valeur des actions, à
l’inscription de Monitus sur le marché boursier
et à l’émission publique d’actions
qui devait donner une valeur supplémentaire aux actions
des demandeurs.
Il est par ailleurs curieux de noter que le juge Bishop
n’a aucunement tenu compte de l’expérience
du demandeur Mashinsky, qui est un homme d’affaires
aguerri. Le juge mentionne d’emblée dans son
analyse que Mashinsky n’a jamais demandé une
copie des états financiers de Monitus et nous constatons
à la lecture de ce jugement que les demandeurs semblent
ne s’être fiés qu’aux affirmations
des défendeurs, de purs étrangers, pour investir
204 000$ dollars contrevenant ainsi aux règles élémentaires
de prudence en semblable matière.
En conclusion, bien que la débenture puisse constituer
un moyen intéressant de financement pour une entreprise,
les personnes impliquées dans le processus de financement
doivent, malgré leur empressement d’obtenir
des fonds pour leur entreprise, se garder de déployer
des arguments de vente trompeurs faute de quoi ils s’exposent
à devoir répondre tôt ou tard de leurs
déclarations et actions fautives.
Pour rejoindre Me Gilles
Thibault, par courriel gthibault@edilex.com
ou par téléphone au 450 682-5645 ou
au numéro sans frais au 1 877-745-5410, poste 232
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