LA
VENTE D'ENTREPRISE
Le
contrat de vente d'actions
La
clause «EARN-OUT»
Dans le cadre dun transfert dentreprise par la
voie dune vente dactions, la détermination
du prix de vente des actions constitue fréquemment une
pierre dachopppement mettant en péril la conclusion
même de la vente.
Cette difficulté provient essentiellement du fait que,
dune part le vendeur refuse descompter le potentiel
de lentreprise quil vend; tandis que dautre
part lacheteur hésite à reconnaître
une valeur spéculative à cette même entreprise,
tant et aussi longtemps quil na pas la certitude
que lentreprise pourra effectivement générer
le rendement escompté sur son capital.
Pour éviter limpasse quune telle situation
peut engendrer, les parties sentendent parfois sur une
formule de détermination du prix de vente à deux
palliers. Le premier pallier constitue généralement
le prix de base convenu de lentreprise. Il sagit
en quelque sorte dun prix plancher. Le second pallier
représente une sorte de prime de rendement variant selon
la performance financière de lentreprise vendue.
Cette prime peut comporter un plafond mais cela nest pas
toujours le cas. Cette portion du prix de vente dite «earn-out»
se veut conditionnelle à latteinte de résultats
spécifiques, faute de quoi elle ne saurait être
exigible.
Bien que conceptuellement attrayante, le déploiement
de ce genre de mécanisme de détermination de prix
dans un contrat de vente dactions ne se prête pas
à tous les scénarios. De plus, lorsque pertinent
ce mécanisme requiert certaines balises fondamentales,
afin quil produise le résultat recherché
avec un minimum de difficultés.
Comme première observation, il convient de signaler
que le contexte idéal pour lutilisation de ce mécanisme
serait le cas où le vendeur conserve, malgré la
cession du contrôle juridique de celle-ci, le contrôle
opérationnel de lentreprise vendue pour la durée
totale de la période de référence convenue
entre les parties pour le calcul de la portion «earn-out»
du prix de vente. Ce mécanisme est à proscrire
lorsque le vendeur délaisse le contrôle opérationnel
de lentreprise, car il perd son point de contrôle
sur la performance de lentreprise et le place à
la merci de la performance dun gestionnaire quil
ne connaît pas pour recevoir son dû.
Concernant la détermination du montant exigible à
titre de portion «earn-out», la référence
de choix à cet égard est connue sous lacronyme
«EBITDA» (earnings before interest taxes depreciation
amortization). Un exemple de lutilisation de cette référence
dans le cadre dune transaction sarticulerait ainsi:
la portion du prix de vente dite «de base» serait
fixée à 3 fois un «EBITDA» moyen des
trois années précédentes dexploitation
à savoir : X $; et la portion dite «earn-out»
serait calculée en fonction de tout dépassement
de cet «EBITDA» pendant la période de référence
(disons trois années à compter de la vente). Cette
illustration peut connaître bien des variants.
Par ailleurs, lorsque ce mécanisme est retenu, il faut
prévoir un dispositif de clauses visant à protéger
lintégrité du mécanisme pendant la
période de référence. Ces clauses portent
essentiellement sur les éléments suivants:
- linterdiction dimputer de nouveaux frais dexploitation
(ressources humaines, R & D, marketing, etc.) ou leur
exclusion du calcul des revenus le cas échéant;
- le maintien des mêmes méthodes comptables;
- linterdiction dimposer des charges administratives
arbitraires;
- lexécution de toutes transactions inter-compagnies
à la valeur du marché;
- le soutien financier des activités de lentreprise;
- linterdiction de retirer des fonds de lentreprise
vendue tant que la portion earn-out du prix de vente nest
pas acquittée;
- la constitution dun fonds de réserve (en fidéicommis)
pour les liquidités excédentaires vouées
au paiement de la portion «earn-out» du prix de
vente;
- en cas de litige sur le montant de la portion «earn-out»
exigible, que le paiement des honoraires des procureurs de
la partie victorieuse soit pris en charge par la partie qui
succombent;
Enfin, la mise en place de ce genre de mécanisme se
veut à la fois un exercice juridique, comptable et fiscal
nécessitant la participation dexperts en la matière,
pour son adaptation aux objectifs spécifiques des parties
concernées, qui tient compte du contexte précis
de la transaction.