LES ÉTATS FINANCIERS
D'UNE ENTREPRISE
Les états financiers produits
par un expert-comptable peuvent en dire long au sujet d’une
entreprise. En effet, bien que ces documents soient essentiellement
de nature purement comptable, ils constituent néanmoins,
pour toute personne sachant lire et analyser ceux-ci, une
source importante d’informations sur l’état
d’une entreprise à une date précise
qui va souvent au-delà de la simple situation financière
de cette dernière.
Les principales composantes des états financiers
d’une entreprise sont d’une part le bilan qui
reproduit la structure financière d’une entreprise
et d’autre part l’état des résultats
qui indique la performance financière de cette dernière.
Bien qu’ils doivent tous être dressés
selon les normes comptables en vigueur à la date
de leur production (principes comptables généralement
reconnus - P.C.G.R.) les états financiers d’une
entreprise peuvent varier considérablement quant
à la qualité et la fiabilité de leur
contenu.
En effet, il existe trois sortes de rapports qu’un
expert-comptable, chargé de dresser des états
financiers, peut émettre à cet égard
soit : l’avis au lecteur, le rapport de mission d’examen
et le rapport de vérification.
Les états financiers accompagnés d’un
simple avis au lecteur indiquent que ceux-ci ont fait l’objet
d’une simple compilation de l’information comptable
transmise par le client selon les règles comptables
en vigueur. Cet avis au lecteur n’engage pas la responsabilité
de l’expert-comptable quant à l’exactitude
des chiffres ainsi reproduits puisque celui-ci n’a
pas le mandat de valider ceux-ci. Pour ce motif, le niveau
de fiabilité de tels états financiers est
donc plutôt faible.
Les états financiers accompagnés d’un
rapport de mission d’examen indiquent que l’expert-comptable
a procédé à un examen qui consiste
essentiellement en des prises de renseignements, procédés
analytiques et discussions portant sur les renseignements
qui sont fournis par l’entreprise. Cet examen n’équivaut
pas à une vérification et l’expert-comptable
n’exprime pas une opinion de vérificateur sur
ces états financiers. Le niveau de fiabilité
de ceux-ci varie de faible à moyen dépendamment
de la rigueur comptable du client desservi par l’expert-comptable.
Enfin, les états financiers accompagnés d’un
rapport de vérification impliquent de la part de
l’expert-comptable un travail de vérification
de l’exactitude des chiffres reproduits en effectuant
un contrôle sélectif des comptes de l’entreprise
vérifiée. Ce rapport offre le niveau de fiabilité
le plus élevé sans toutefois éliminer
au complet la présence d’erreurs ou de fraude.
En ce qui concerne la responsabilité de l’expert-comptable
qui produit des états financiers, il convient de
mentionner que celle-ci varie considérablement en
fonction de la nature du rapport produit par ce dernier.
Évidemment, plus le niveau de fiabilité du
rapport est élevé plus la responsabilité
de celui-ci sera retenue, tel qu’illustré par
la décision Verrier c. Malka, [1998]
R.R.A. 715 (REJB 1999-06328; J.E. 98-1209) de la Cour d’appel
du Québec.
Dans cette affaire Verrier (l’expert-comptable) a
dressé les états financiers vérifiés
de la société Valac inc. (ci-après
Valac). M. Jutras (ci-après Jutras) était
le président et unique actionnaire de cette dernière.
M. Malka et sa société (ci-après Malka)
ont investi 250 000$ dans Valac sur la foi des états
financiers vérifiés. Malka a découvert
des irrégularités comptables importantes découlant
d’erreurs dans les états financiers vérifiés
et dans des documents établis par les employés
de Valac. Les états financiers indiquaient un profit
de plus de 75 000$, alors qu’en réalité
Valac accusait une perte de plus de 40 000$. Cette erreur
provenait, entre autre, du fait que les comptables avaient
fait figurer un montant dans l’actif de la société
à la fois au titre des comptes clients et des biens
en stock. Malka et Jutras ont intenté chacun de leur
côté une poursuite contre les comptables. Malka
a aussi intenté une poursuite contre Jutras, mais
il s’est désisté de cette action suite
au remboursement par Jutras de son investissement.

En première instance, le juge
retient la responsabilité des comptables. Selon cette
cour, les comptables avaient accès aux pièces
qui auraient permis de déceler l’erreur. L’expert-comptable
a donc été condamné à payer
136 468$ à Malka. En ce qui concerne l’action
de Jutras, la Cour supérieure la rejette tout simplement.
En appel, les comptables soutiennent n’avoir commis
aucune faute professionnelle. Selon eux, ils auraient été
trompés par l’ancien contrôleur de Valac,
M. Mercure. Malka réitère que s’il avait
su que Valac était déficitaire il n’aurait
jamais investi son argent dans celle-ci. La Cour d’appel
n’intervient pas dans le jugement de première
instance en ce qui concerne la responsabilité des
comptables, elle ne fait que réduire le montant accordé
en première instance des honoraires extrajudiciaires
accordant ainsi un montant de 85 006$ en faveur de Malka,
confirmant de ce fait l’opinion de la Cour supérieure
quant à la faute commise par Verrier.
Ces jugements de la Cour supérieure et de la Cour
d’appel du Québec témoignent ainsi éloquemment
de l’importance du rôle du vérificateur
quant à l’exactitude de l’information
comptable apparaissant dans des états financiers
vérifiés ainsi que la sanction possible d’un
manquement à cet égard.
Bien que la Loi sur les compagnies, L.R.Q., c.
C-38 à l’article 123.98 L.C.Q. et la Loi
canadienne sur les sociétés par actions,
L.R.C. (1985), ch. C-44 à l’article 163 permettent
aux actionnaires de dispenser l’entreprise de l’obligation
de produire des états financiers vérifiés,
imposée par les articles 98 L.C.Q. et 155 (1) L.C.S.A.,
la production de ceux-ci constitue souvent un passage obligé
dès qu’une décision basée sur
la structure ou la performance financière d’une
entreprise doit se prendre. Ainsi, que ce soit dans le cadre
d’un financement, du calcul du prix d’émission
privée ou publique d’action ou d’une
acquisition ou fusion d’entreprise, il ne faut pas
s’étonner du fait que les parties exigent la
production d’états financiers vérifiés
à une date précise, que ceux-ci occupent une
place importante dans la documentation financière
et juridique de la transaction concernée et que toute
erreur s’y rapportant fasse l’objet de réclamations
de la part de toute partie lésée par une telle
erreur.
Même s’il n’appartient pas à toute
personne évoluant dans le monde des affaires de posséder
une grande expertise en cette matière, il n’en
demeure pas moins que celle qui possède de bonnes
aptitudes à cet égard peut en tirer de grands
bénéfices tant sur le plan financier que sur
le plan juridique.
Vous pouvez rejoindre
Me Gilles Thibault à gthibault@edilex.com
ou par téléphone au 450 682-5645 ou
au numéro sans frais au 1 877-745-5410, poste 232