SOCIÉTÉ PAR ACTIONS / COMPAGNIE
Organisation et répartition initiale
des actions
Lors du démarrage d’une
PME impliquant plus d’un actionnaire, la répartition
initiale des actions, dites ordinaires, c’est-à-dire
votantes (contrôle) et participantes (droit aux profits),
entre les actionnaires-fondateurs, représente souvent
un exercice difficile. Cette difficulté provient
de diverses sources, à savoir: des attentes irréalistes
de la part de l’un ou l’autre des actionnaires,
un rapport de forces plutôt inégal entre les
futurs co-actionnaires, un mauvais modèle d’analyse
à cet égard, etc., avec comme résultante
un débalancement de cette répartition initiale.
Le déséquilibre, qui résulte d’une
mauvaise répartition initiale, ne produit généralement
pas d’effet immédiat entre les co-actionnaires,
car les inéquités inhérentes à
la répartition convenue prennent souvent quelques
années avant de devenir un irritant important. Avec
l’effet du temps le malaise croît peu à
peu au point de devenir, dans certains cas, une source de
conflit entre certains co-actionnaires avec des suites parfois
désastreuses pour l’entreprise. Le cas échéant,
il est désolant de réaliser trop tard les
méfaits d’une mauvaise répartition initiale
des actions.
Pour éviter ce genre de dénouement, il faut
prendre davantage conscience de l’importance d’une
bonne répartition initiale des actions, au moment
de l’organisation d’une entreprise et y accorder
les énergies requises, afin qu’elle soit juste
et équitable. Outre cette prise de conscience, il
faut aussi imprégner cet exercice d’une approche
plus objective et éviter de s’engager dans
le dédale des évaluations subjectives, qui
dominent trop souvent les discussions menant à la
détermination finale de cette répartition.
Bien qu’il existe des méthodes plus étoffées
à cet égard, nous proposons ici un modèle
d’analyse assez simple pour faire un tel exercice
de répartition des actions, sous le signe d’une
relative objectivité. Ce modèle d’analyse
tient compte de l’apport de chaque actionnaire à
l’entreprise, du mode de rémunération
de cet apport et du profil de risque s’y rapportant.
Il se résume par le tableau suivant.
APPORT |
CONTREPARTIE |
Travail |
Salaire |
Capital |
Intérêt |
Risque |
Profit |
À l’aide de ce tableau,
il faut identifier dans un premier temps, pour chaque actionnaire,
son apport à l’entreprise en voie de formation.
Dans un second temps, il faut également noter la
rémunération de cet apport. Ainsi, dans le
cas d’un actionnaire, qui contribue essentiellement
son temps aux activités de l’entreprise, il
faut examiner la rémunération convenue de
cet apport sous forme de salaire ou d’honoraires et
se poser deux questions à cet égard. La première
est de savoir si le temps, investi par cet actionnaire,
est rémunéré par l’entreprise
et la seconde est de déterminer si cette rémunération
correspond à celle du marché. La réponse
à ces deux questions nous permet de prendre la mesure
du profil de risque de cet actionnaire, relativement à
l’apport effectué, en ne perdant pas de vue
qu’il faut toujours maintenir une certaine corrélation
entre le droit d’un actionnaire de participer aux
profits de l’entreprise et le risque encouru par ce
dernier. En utilisant un tel modèle, il devient difficile
pour un actionnaire, dont le temps est rémunéré
selon le taux du marché et dont le risque est limité
à la perception de son salaire, de justifier la part
du lion des actions face à un autre actionnaire dont
le profil de risque serait plus élevé.
Lorsque l’apport à l’entreprise prend
la forme d’une mise de fonds, il faut également
se poser trois questions. La première concerne l’existence
d’une rémunération de cet apport et
la capacité de l’entreprise d’honorer
son engagement de rémunérer cet apport au
taux convenu. La seconde question vise le taux de rémunération
de cet apport par rapport au marché. La troisième
porte sur les garanties accordées par l’entreprise,
relativement au remboursement du capital investi et au rendement
convenu. Encore une fois, la réponse à ces
trois questions sert à prendre la mesure du profil
de risque de chaque actionnaire qui contribue au capital
de l’entreprise et à déterminer le lot
d’actions qui compensera correctement ce risque.
Le principal mérite de ce modèle d’analyse
réside dans le fait que les actionnaires, en y recourant,
s’éloignent d’une analyse subjective
et parfois fort trompeuse de leur apport à l’entreprise
et à la rémunération convoitée
de ce dernier sous forme d’actions. L’autre
mérite de ce modèle provient du fait qu’il
procure un mode de dépistage précoce des problèmes
à venir entre les actionnaires-fondateurs. Celui
des actionnaires, qui s’acharne à vouloir imprégner
les discussions d’un subjectivisme biaisé,
n’a peut-être pas l’étoffe d’un
bon associé et il vaut mieux le découvrir
tôt dans le projet d’entreprise et réévaluer
l’opportunité de faire équipe avec une
telle personne.
En conclusion, bien qu’il n’existe pas de formule
magique pour décider de la répartition initiale
des actions, lors de l’organisation d’une société
par actions/compagnie, il faut à tout le moins affranchir
cet exercice d’une trop grande subjectivité.
Le modèle d’analyse que nous proposons dans
la présente chronique se veut un début de
solution en ce sens qui, nous l’espérons, contribuera
à de meilleures répartitions initales.