Le contenant et le contenu d’un contraT
(2IÈME PARTIE)
Dans notre chronique précédente,
nous avons traité brièvement d’une problématique
constante en matière contractuelle, à savoir
l’absence d’une norme de présentation des
contrats et de quelques-unes des difficultés occasionnées
par ce manque de structure auprès des différents
intervenants (gens d’affaires, consultants et juristes)
appelés à participer au processus de négociation
et de rédaction de ce genre de document.
Il convient maintenant de proposer une solution à
cette problématique. Cette proposition relève
de certains constats qu’il faut d’abord exposer
:
-
dans le profil de
formation des juristes, il n’existe pas, à
ce jour, d’enseignement spécifique sur l’art
et la science de la rédaction des contrats;
-
en l’absence
d’un tel enseignement, chaque juriste développe
sa façon de présenter les contrats qu’il
produit;
-
l’approche
rédactionnelle, retenue par la grande majorité
des juristes, se qualifie de linéaire, c’est-à-dire
que l’agencement des clauses du contrat ressemble
à un alignement linéaire de textes, les uns
à la suite des autres;
-
bien que le contenu
des différentes versions d’un même contrat
puisse se ressembler, l’alignement des clauses de
ces différentes versions peut varier à l’infini,
selon les préférences de chaque rédacteur,
d’où la très grande instabilité
de ce document au niveau de sa présentation;
-
cette approche linéaire,
vu l’absence de points de repère constants,
nuit à l’optimisation de toutes les tâches
inhérentes à la production d’un contrat:
cueillette d’information (matière première),
conception du produit, rédaction des textes, contrôle
de qualité interne, analyse par l’autre partie,
négociation, signature, et livraison du produit fini.
Autrement dit, vu sous un angle de gestion
d’information et de connaissance, l’approche linéaire
n’offre pas, pour ainsi dire, de bases solides sur lesquelles
ériger une méthodologie de rédaction
performante, dont la pièce maîtresse se doit
d’être une norme de présentation universelle,
permettant d’intégrer toutes les tâches
se rapportant à la production d’un contrat. Pour
y arriver, il faut plutôt développer une nouvelle
approche dite «modulaire».
Cette approche implique, à l’instar
des états financiers, l’identification et l’agencement
ordonné des différents postes d’information
(interprétation, objet, contrepartie, modalités
de paiement, etc.) susceptibles d’apparaître dans
un contrat. Ce faisant, on crée un système de
rangement ordonné des nombreuses clauses qu’un
contrat peut requérir, pour bien encadrer une opération
juridique. Ce système de rangement devient, en quelque
sorte, un contenant universel, dans lequel on doit verser
l’ensemble des clauses d’un contrat.
Grâce à ce contenant universel,
il devient impossible de jouer avec l’agencement des
clauses et de créer un nombre infini de versions reproduisant
le même contenu. Cette stabilisation du contenant permet
ainsi, à tous les intervenants du processus de production
d’un contrat, gens d’affaires, consultants et
juristes, de se concentrer davantage sur son contenu, sans
crainte de se perdre dans les méandres d’une
présentation inconnue. Dans le monde des communications,
cette façon de faire équivaut à mettre
tous les intervenants sur la même fréquence.
Pour donner un exemple d’une présentation
universelle de contrat, nous reproduisons ci-après
la liste des postes d’un contrat de type transactionnel
(vente, louage, mandat, etc.):
Identification et coordonnées
du contrat |
Obligations de la partie
A |
Identification des parties |
Obligations de la partie B |
Préambule |
Dispositions particulières |
Interprétation |
Dispositions générales |
Objet |
Fin du contrat |
Contrepartie |
Entrée en vigueur |
Modalités de paiement |
Durée |
Sûretés de paiement |
Portée du contrat |
Attestations de la partie A |
Dispositif de signature |
Attestations de la partie B |
Annexes |
Chacun des titres, apparaissant sur
cette liste, devient un module d’information, dont les
parties au contrat doivent convenir ensemble du contenu. Celui-ci
peut s’articuler sur une ou plusieurs clauses, dont
le dénominateur commun sera le thème du module
dans lequel ces clauses apparaissent.
En parcourant chacun des modules mentionnés ci-avant,
les personnes impliquées dans la réalisation
du contrat s’assurent de couvrir l’essentiel des
composantes du contrat visé, tout en bénéficiant
de la possibilité de développer un niveau de
détail très élaboré si la transaction
le requiert, sans pour autant créer un monstre rédactionnel.
On assure un maximum de cohésion au processus et, il
faut l’espérer, un produit fini (contrat) de
qualité supérieure, grâce à une
meilleure synergie des intervenants.