VENTE
D'ENTREPRISE
Lobligation
dun acquéreur de se renseigner, la vérification
diligente et les attestations
Pour que deux parties se lient contractuellement, il faut que
chacune dentre elles consente aux éléments
essentiels du contrat de vente. Cet énoncé, bien
que fort simple, suscite toutefois la question de savoir quels
sont les éléments essentiels qui ont motivé
lacquéreur dune entreprise.
La pertinence de cette question réside dans le fait que
si lun des éléments essentiels, sur lesquels
se base un acquéreur pour contracter, nest pas
conforme aux attentes de ce dernier, il peut sagir dun
vice de consentement, à savoir lerreur, ouvrant
la porte à différents recours en sa faveur, dont
lannulation du contrat de vente et la réduction
du prix de vente.
Lacquéreur, qui désire invoquer lerreur
comme vice de consentement, doit cependant faire la preuve de
lexistence dun tel vice avant de pouvoir demander
au tribunal dintervenir. Cette preuve comporte généralement
deux volets : un premier à leffet que la partie
co-contractante, le vendeur, na pas divulgué certaines
informations se rapportant à un élément
essentiel; et, un second volet, à leffet que lacquéreur
na pas lui-même manqué à son obligation
de se renseigner sur ceux-ci avant de contracter.
Pour mieux comprendre le cadre juridique applicable en la matière,
il convient de reproduire ici le texte des articles 1400 et
1401 du Code civil du Québec, qui se lisent comme suit
:
1400-«Lerreur vicie le consentement des parties
ou de lune delles lorsquelle porte sur la
nature du contrat, sur lobjet de la prestation ou encore,
sur tout élément essentiel qui a déterminé
le consentement.
Lerreur inexcusable ne constitue pas un vice de consentement.»
1401-«Lerreur dune partie, provoquée
par le dol de lautre partie ou à la connaissance
de celle-ci, vicie le consentement dans tous les cas où,
sans cela, la partie naurait pas contracté ou
aurait contracté à des conditions différentes.
Le dol peut résulter du silence ou dune réticence.»
À la lumière de ce qui précède,
deux mesures simposent dans le cadre dune acquisition
dentreprise pour protéger le droit de lacquéreur
de sadresser avec succès aux tribunaux en invoquant
lerreur comme vice de consentement.
La première mesure est à leffet que lacquéreur
prudent se doit, pour se mettre à labri de lerreur
inexcusable, de prendre le temps de se renseigner sur les éléments
essentiels de lentreprise convoitée. Il est recommandé
à cette fin de procéder à une vérification
diligente de lensemble des activités et des composantes
de lentreprise visée, afin de dépister les
problèmes, de mesurer les risques et de se prémunir
contre ceux-ci dans le cadre de la transaction, le cas échéant.
Comme seconde mesure, lacquéreur prudent doit obtenir,
lorsque possible, du vendeur une série dattestations
écrites dans le contrat de vente sur létat
de lentreprise visée. De telles attestations serviront
de référence écrite quant aux affirmations
faites par le vendeur se rapportant aux éléments
essentiels sur lesquels lacquéreur a basé
son consentement à lacquisition. La présence
de telles attestations dans le contrat de vente facilitera considérablement
la tâche dun acquéreur frustré dans
ses attentes dobtenir réparation devant les tribunaux.
À défaut de prendre de telles mesures, un acquéreur
pourra difficilement demander aux tribunaux de venir à
sa rescousse, tel quen témoigne deux décisions
récentes de la Cour Supérieure du Québec
: à savoir les arrêts 9078-0669 Québec
inc. c. Gravel, [2001] R .J.Q. 2908 et Service
de télévision Arvida inc. c. Allaire,
J.E. 2002-394. Dans ces deux affaires (vente dune agence
de courtage dassurances et vente dun commerce denseignes),
les demandeurs-acquéreurs se sont vus refuser, lun
en totalité, lautre en partie, leur demande de
dommages pour le motif quils avaient omis de se renseigner
convenablement sur des éléments essentiels (achalandage
et chiffre daffaires et incidences fiscales dune
vente dactions) de la transaction dont chacun se plaignait
et quil sagissait à chaque fois dune
erreur inexcusable aux yeux du tribunal.